Docteur, qu’est-ce que l’hépato gastroentérologie ?

L’hépato gastro-entérologie, c’est une spécialité qui est assez vaste, elle s’occupe de toutes les maladies du tube digestif allant de l’œsophage à l’anus. Elle étudie les pathologies de l’œsophage, du côlon, de l’intestin, du foie, des voies biliaires, de l’anus et puis naturellement de l’estomac.

Quelles sont les maladies que vous recevez fréquemment en gastro-entérologie ?

Nous recevons toute sorte de maladies du tube digestif mais principalement on a les maladies du foie, l’hépatite B ou C, les maladies du côlon, les diarrhées chroniques, des cancers digestifs, les gastrites et les ulcères gastroduodénaux.

Qu’est-ce que l’ulcère gastroduodénal ?

D’abord, il faut noter que c’est une expression pour désigner deux pathologies. Lorsque l’ulcère est localisé au niveau de l’estomac on parle de l’ulcère gastrite et quand c’est localisé au niveau du duodénum qui est la première partie de l’intestin, on l’appelle l’ulcère duodénal. Comme ils sont proches on les regroupe en gastroduodénal.


L’ulcère, c’est une lésion ou pour être simple c’est une plaie profonde au niveau de la muqueuse gastrite ou duodénale.

Quelles sont les causes de l’ulcère ?

Bref au niveau de l’estomac, il y’a deux types de cellules dont le premier groupe secrète beaucoup d’acide qu’on appelle suc gastrique et cet acide est indispensable pour la digestion et à coté il y’a d’autres cellules qui secrètent du mucus et du bicarbonate qui protègent l’estomac contre l’acidité. Donc il y’a un mécanisme d’équilibre à ce niveau.

L’ulcère survient lorsque cet équilibre est rompu suite un excès ou un déficit dans l’un ou l’autre groupe de cellules. Ce déséquilibre va donc entraîner une inflammation, qui progressivement devient chronique et à partir de cet stade où la muqueuse commence à se creuser,cela entraîne une plaie. Donc l’ulcère est une complication ou une inflammation de la muqueuse gastrique ou duodénale.

Il y’a donc plusieurs causes de l’ulcère mais la principale a été identifiée et part ordre de fréquence, il y’a une bactérie qu’on appelle helicobacter pylori qui est une bactérie digestive qu’on contracte suite à une mauvaise hygiène et cette bactérie a la capacité de résister à l’acidité gastrique en altérant un peu la muqueuse gastrique, ajouté l’acidité gastrique, cela engendre une inflammation qui, si elle n’est pas prise en charge tout de suite crée une lésion ayant pour conséquence l’ulcère.

Ça c’est la première cause dans le monde et nous, on a fait une étude ici à l’hôpital de la Renaissance sur plus de 400 personnes sur qui on a effectué des prélèvements. Il en résulte de cette étude 75% de ces personnes avaient cette bactérie.

La deuxième cause de cette maladie, c’est les antis inflammatoires comme le diclofenac, le bruffen ou l’aspirine. Ces antis inflammatoires sont responsables d’une inflammation de la muqueuse gastrique duodénale et qui va aboutir à l’ulcère. Leur mécanisme c’est qu’ils bloquent les cellules qui produisent du mucus et du bicarbonate qui protègent la muqueuse.

C’est pour cette raison que nous conseillons aux patients de ne pas prendre les antis inflammatoires à long terme car ils causeraient à la longue l’inflammation de la muqueuse.

Les autres causes sont d’ordre alimentaire comme les aliments trop épicés, trop acides, il y’a le café, le thé, l’alcool qui entraîne une augmentation de l’acidité gastrique, le tabac etc. A cela, il y’a une autre cause un peu rare, c’est qu’il y’a des personnes génétiquement prédisposées qui ont une muqueuse fragile et quand la muqueuse est fragile, l’acidité altère cette muqueuse.

Quelles sont les manifestations de l’ulcère gastroduodénal ?


En général, c’est à l’interrogatoire qu’on les suspecte et c’est le patient qui décrit ses douleurs au niveau de l’estomac juste au-dessus de l’ombilic dans une zone qu’on appelle zone épigastrique. Ces douleurs sous forme de crampe qui surviennent généralement 3 à 4 heures après le repas et sont calmées par la prise alimentaire ou la prise d’antis acides. Il faut noter que ces douleurs surgissent par épisode après une période d’accalmie.

Quelles sont les examens qui permettent d’établir le diagnostic ?

Le principal outil de diagnostic de l’ulcère c’est la fibroscopie. Avant dans le temps, on suspectait le diagnostic de l’ulcère par un examen radiologique qu’on appelle le transit oeso-gastro duodénal. C’est un examen où on fait boire un liquide au patient, ensuite on fait des images répétitives et comme l’œsophage est linéaire, s’il y’a un petit trou c’est-à-dire une image de soustraction donc on suspecte qu’il y’a un trou et le liquide est passé par là-bas.

Vu que la fibroscopie est devenue courante, cette technique n’est plus d’actualité. Elle est un examen endoscopique qu’on appelle vidéo endoscopie qui se réalise à l’aide d’un appareil constitué d’un tube, d’une caméra reliée à un écran qui nous permet de voir tout l’estomac en direct. C’est en regardant directement la lésion qu’on peut classifier ou donner un type de stade selon la gravité de l’ulcère.


Selon la classification endoscopique, il y’a en gros six(6) stades et cette classification a plusieurs intérêt dont le premier est de type diagnostic et le second est thérapeutique pour le traitement par voie orale ou injectable avec des contrôles réguliers.

Peut-on guérir définitivement de l’ulcère gastroduodénal ?

Oui, on peut guérir de l’ulcère comme on peut en mourir. On peut guérir si le diagnostic est posé très tôt suivi d’un traitement adéquat en fonction du stade de l’ulcère. Mais les ulcères mortels sont ceux qui font que le patient saigne beaucoup et vomit énormément du sang avec un ratio de 6 à 10% de décès malgré tous les moyens de réanimation, même dans les pays développés. Il suffit de consulter tôt afin de donner des traitements adéquats.

Quelles sont les complications en cas d’absence ou de prise en charge tardive ?

La première complication que nous redoutons c’est l’hémorragie digestive qui peut être le vomissement du sang et de tel cas nécessite une réaction rapide par injection de l’adrénaline afin de stopper le saignement et une fois fait on utilise des clips comme des trombones pour bloquer la source du saignement

Une autre complication c’est quand il y’a un ulcère, tout autour il y’a une réaction inflammatoire et cette inflammation peut être importante quand c’est au niveau du duodénum, elle crée une obstruction duodénale.

Une toute autre complication qui est très redoutable, surtout pour l’ulcère gastrique qui, dans le temps peut se transformer en un cancer gastrique car ce dernier, lors de son diagnostic fait qu’on enlève une partie de l’estomac avec un risque important sur la partie ôtée de l’estomac.

Dans nos pratiques quotidiennes, dès lors qu’on détecte l’helicobacter pylori, on s’acharne à l’éradiquer car y’a des traitements pour ça et après on fait un contrôle parce que tant que la bactérie est là on poursuit le traitement et il y’a des traitements de première ligne, deuxième ligne. Malheureusement il y’a des patients qui nous arrivent ici avec un stade de cancer.

L’ulcère en question n’est pas quelque chose de banal, il faut juste prendre les choses au sérieux.

Quels sont vos conseils à l’endroit de la population ?

Ce qui est bien avec la covid-19, tout le monde se force à être propre. Le conseil que je peux donner, c’est qu’il faut une bonne hygiène parce que la bactérie se transmet par des aliments souillés, c’est manu porté en fait.

Donc si on se lave fréquemment les mains, ce geste réduit la contamination de l’helicobacter pylori.


Après y’a la prise des antis inflammatoires, ici on qualifie le bruffen comme un anti fatigue alors dès lors que quelqu’un se sent un peu fatigué, il prend soit le bruffen ou le diclofenac tout en ignorant les conséquences.


La logique voudrait que ces antis inflammatoires soient pris sous prescription médicale car le médecin qui les prescrit donne aussi d’autres médicaments pour protéger l’estomac contre la prise des antis inflammatoires.

Après, c’est l’hygiène de vie de tous les jours, ne pas abuser de l’alcool, du tabac, des produits trop épicés. Une hygiène quotidienne saine place l’estomac hors du danger de ce fléau.